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Vivre un ministère de relation d'aide, d'accompagnement ou d'écoute est un lieu de profondeur, de passion, de lutte, de communion et souvent de délice. Tous ces enfants, ces adolescents, ces adultes en attente, d'une libération d'un mieux-être, d'un sens, d'un pardon, tous m'impressionnent par leur désir, leur courage et leur confiance.

Qu'ai-je donc à leur offrir?

A la fois peu et beaucoup; les prendre au sérieux, croire en eux et les encourager à laisser le Seigneur se mêler de leur situation et de leur histoire.

Mon approche est psycho-spirituelle et je n'ai que l'Evangile à leur offrir, assorti de quelques outils pédagogiques compatibles pour établir une anamnèse.

Je n'entre pas en matière, si ce n'est par l'écoute et l'encouragement avec des personnes souffrant de troubles psychiatriques stabilisés médicalement. Dans les limites de mon champ d'action, je suis souvent témoin de "résurrection" dont voici quelques exemples (les prénoms sont fictifs).


Lucie
Sa demande était la suivante: elle portait un lourd secret depuis de nombreuses années. La tension nécessaire pour tenir depuis si longtemps avait généré en elle une sorte de cuirasse intérieure faite de peur et de culpabilité, une impossibilité d'accueillir le pardon de Dieu et, partant ni de se pardonner à elle-même. Elle avait en outre recouru, pour s'en sortir, au monde de l'occultisme, ce qui troublait constamment ses maigres tentatives priantes.

En elle habitait une terreur: «Je suis coupable donc je dois payer». Elle était dans une grande angoisse que ses enfants subissent les conséquences de sa faute.

Au cours du premier entretien, elle a consenti de demander à Dieu de la libérer de ce poids. Avant le second entretien, elle a vécu, seule, une libération complète de sa cuirasse. Au second entretien, elle a dit sa difficulté persistante dans la prière et j'ai fait une prière de délivrance. Le.troisième et dernier entretien a permis de vérifier la paix et la vie revenue en elle. Et cela dure.


Juliette
Une vie sans problème, travaillant comme soignante. Depuis quelques mois cependant, elle sentait comme un malaise dans sa vie: «Tout cela manque de sens».

Comme elle n'avait pas suivi de catéchisme, j'ai entrepris de lui en faire un abrégé. A ma grande surprise; pleurant et riant à la fois, elle est entrée en communion avec Dieu comme une fleur avec la fraîcheur de quelqu'un qui goûte à un délice pour la première fois: «C'est cela que je voulait» déclare-t-elle après 5-6 entretiens.

Bernard

Il se rendait compte, malgré sa quête spirituelle, qu'il avait peur de Dieu. Après avoir terminé l'anamnèse, je l'ai invité, comme je le fais souvent, à dire au Seigneur ce qui le préoccupe. Et le voilà paru dans une prière dialogue au sein de laquelle Dieu semblait répondre. Carrément Une discussion avec Dieu qui le rassurait. Cela dura environ 45 minutes. li est revenu quelques fois pour vivre ensemble cette même démarche. Maintenant. il peut le faire seul.


Sabrina
Elle était bouleversée par ses rêves prémonitoires qui prédisaient la mort prochaine de certaines personnes qu'elle connaissait et d'autres qu'elle avait croisées ici et là. Et, elle a pu vérifier que ce qu'elle avait prévu étaient arrivé à quelques-unes. L'anamnèse révéla que cette faculté divinatoire venait de sa grand-mère. Une prière de délivrance arrêta net ces prémonitions puis suivirent quelques entretiens de guérison intérieure. Sabine a pu intégrer une église et s'en trouve heureuse.

 

Théo et sa maman
Une maman est venue accompagnée de son fils de 7 ans, suicidaire. Très inquiète, elle a pensé que l'attitude de celui-ci avait un rapport avec une AVG vécue dans sa jeunesse. Cependant, la véritable demande de cette maman consistait en une aide pour avouer à son fils une seconde AVG. J'ai donc dû expliquer à cet enfant quelle était alors la situation de sa mère et les raisons qui l'avaient poussée à une seconde intervention.

L'enfant était frappé de stupeur; il réalisait le pouvoir de vie et de mort et qu'il était un survivant. En même temps le chagrin et le courage de sa maman l'ont touché très profondément; il a pu laisser revenir en lui le désir de vivre et de grandir.

 

Jacqueline
Lors de notre premier entretien, cette femme d'une quarantaine d'années ma parlé de la grande colère qui l'habitait. Colère liée à un événement ancien de son existence. Lorsqu'elle était adolescente, son frère ainé, marié, était en proie à un grand trouble. Il s'est donné la mort avec une arme à feu.

Après l'enquête, la belle-sœur de Jacqueline lui a ordonné de nettoyer la salle de bain maculée de sang. Sa colère datait de cet événement.

Je mesurais bien que tout bavardage et conseil de ma part ne pouvait être que du vent. Alors j'ai demandé au Seigneur de retourner avec l'adolescente de ce temps-là dans ces instants de sa vie, ses mémoires et son ressenti et j'ai demandé au Christ de l'y accompagner avec cette demande: «Qu'est-ce que tu as à lui dire et a lui montrer face à tout cela?»

Un silence a suivi et je savais que Dieu s'occupait d'elle. Puis elle m'a décrit ce qu'elle avait vu: «Une personne s'est approchée de moi m'a pris l'éponge des mains et a tout nettoyé ce sang jusqu'à ce que tout soit propre. Cela m'a consolée». Un seul entretien a suffit pour en finir avec cet abcès.

 

Caroline
Cette jeune femme était très enjouée, souriante et pleine de vivacité (un peu trop, à mon sens). J'ai été très surpris lorsqu'elle m'a déclaré qu'elle «courait devant la mort pour que celle-ci ne puisse la rattraper». Sa manière de courir consistait à bouger à tout prix. et cela en devenait épuisant.

L'anamnèse révéla qu'elle avait perdu son frère jumeau durant la gestation et qu'elle s'était surprise à vouloir le suivre dans la mort. Je lui ai demandé si elle pouvait, avec l'aide de Dieu, renoncer à ce lieu mortel avec ce frère décédé. Elle l'a fait, ce qui a permis au Seigneur d'occuper à nouveau ce terrain intérieur et le féconder en vue d'une vraie joie.

Cette approche est-elle la panacée ?

Non, il y a certains cas qui n'ont pas été résolus et qui m'ont fâché avec Dieu: «Seigneur, je me mouille en ton nom devant ces gens, jusqu'à quand resteras-tu spectateur de ce qui nous arrive?»

Par prudence et par respect pour les accompagnés, j'ai constitué un petit réseau afin qu'ils puissent profiter d'autres approches.

Une chose est claire: je reçois infiniment plus que je ne donne dans ce ministère et cela m'invite à continuer longtemps dans la nouvelle tranche de vie que Dieu m'accorde.


Bertrand Amaudruz, diacre

Article paru dans Bonne Nouvelle, avril 2011, feuillet régional Est.